il se retrouvait toujours sur les chemins un peu devant les autres
non pas comme un corps en avance, comme l’image distante d’un meneur
un qui chercherait à diriger les autres, mue par une sagesse connue de lui seul
mais comme une sorte de chien avide et impatient qui n’aurait su déterminer
si on avait eu l’idée de le presser de questions contre l’espace
le chemin qu’il entendait suivre, emprunter dans la seconde
la nature de ce qu’il flairait au loin
c’était un être qui vivait à la fois ici et ailleurs
seul parmi les autres, parmi nous
seul au sein d’un groupe, un être parfaitement dépendant
un être qu’on laissait libre en sachant qu’il ne pouvait aller bien loin
sur qui on ne pouvait se fier, un être négligeable voire inutile
il en prenait conscience et cela commençait à paraître dans ses yeux
un lent travail d’élucidation touchait à sa fin
une vision définitive se figeait dans la vitré de son regard
il se nourrissait depuis peu exclusivement de noix
à la façon des grands nomades d’autrefois
lors de leurs pèlerinages vers on n’avait jamais su où
JP
vendredi 6 juin 2008
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