vendredi 1 mai 2009

on cassait les mots comme des noix

on cassait les mots comme des noix
noix oubliées en forêt
ventre creux
terre sous les ongles



JP Dupuis

jeudi 30 avril 2009

fin avril début mai

je peux rêver d'images
aux yeux ouverts sans fin
par où s'échappent dans le noir
les fleurs d'amélanchier

JP Dupuis

lundi 27 avril 2009

soleil

le soleil nous suivait partout
et le soir, dans la noirceur, on n'avait qu'à rêver qu'il revienne
il était là au réveil
il était revenu, on était là pour lui
c'était dans un autre monde
identique à celui d'avant

JP

samedi 18 avril 2009

origami d'un concombre

C'était avant que tout s'éteigne. Toujours loin de ce qu'il observait dans la plus grande attention. Carnet de bord. De quel bord sommes-nous? Une feuille pliée en quatre,le début d'un pliage, un origami abandonné en chemin, entre les doigts. Au lieu de continuer à plier, d'atteindre la grenouille d'après le plan, je vais écrire sur la feuille mes coassements. À califourchon sur un cerveau.

Au seuil de la quarantaine, je me souviens, les enseignements nous rentraient dans le corps. Une saumure. Un jeune concombre qui devient cornichon dans la saumure des années.

JP (?)

samedi 28 mars 2009

mars

Question d'un garçon peu de temps après le réveil
est-ce que le temps qu'on perd, on le récupère à un moment donné?

Un autre jour, tôt le matin, avant la fin de la nuit, alors que la nuit s'achevait, alors que tout était encore noir, j'étais debout près de la fenêtre dans la cuisine et regardais la lune voilée au passage par des nuages. Longtemps dans la lumière, durant le jour, cette image est restée en moi.

Aujourd'hui, samedi, suis sorti tôt pour acheter du pain à la boulangerie. D'abord les yeux maquillés de la serveuse puis au retour, au-dessus de la maison, je ne sais à quelle hauteur dans le ciel, le passage d'une soixantaine d'outardes, en deux lignes, la première en angle suivi de la deuxième bien droite. La dernière outarde, légèrement en retrait, suivait, suivait...

JP Dupuis

dimanche 25 janvier 2009

samedi 24 janvier 2009

manuscrit saint-christophe


Première esquisse d'un poème à paraître dans les cahiers littéraires Contre Jour.

tu l'auras vu passer les flammes
remonter le temps par les vitres brûlantes
ce chemin à rebours qui s'était refermé
et tendre les mains pour atteindre ton âge
des aiguilles de pins tombaient d'entre ses doigts
en filaments de braise sur le sol

(extrait de saint-christophe)
JP Dupuis

jeudi 15 janvier 2009

Edmond Jaloux

Dans une lettre qui tient sur une page, Jacques Chardonne cite Edmond Jaloux.

Considérez la vie sous la perspective des millénaires, alors ce n'est plus rien. Tout ce qui nous blesse, ce que nous sommes, les autres, ce n'est plus rien. Une positive béatitude émane de cet effacement qui n'est pas le néant.
Cependant, je relirai cette page, je corrigerai une phrase, une virgule même. Je devrais me dire: ce n'est rien. De toutes ces petites choses encore, je devrais penser: ce n'est rien; mais celles-là vous tuent.

Lettres à Roger Nimier de Jacques Chardonne.
Les cahiers rouges, Grasset, 1985, pp.172-173

JP Dupuis

samedi 3 janvier 2009

revenir

dormir les premières heures de l'année dans le lit de mon fils
il était dans le mien à l'autre bout de la maison
je n'ai pas osé le prendre, soulever son corps de sept ans
poche de rêves aux cheveux trop longs
pas eu le temps de passer chez le barbier avant les fêtes
le toupet lui couvre un oeil, ça lui fait un de ces regards
il était là dans la pénombre, sa forme reposée
sous les couvertures et la tête sur l'oreiller

mes pieds dépassent du lit, son odeur sur la taie
ses jouets sur les meubles, ses livres
dans la bibliothèque derrière moi
que je regarde à l'envers, des bandes dessinées
des premières encyclopédies, des ouvrages illustrés
sur les chevaliers, sur la préhistoire
les inventions de l'homme, la nature, l'eau
j'en ai oublié des bouts depuis et c'est avec lui
que lentement je réapprends tout ce qu'il faut connaître
oublié comme après un choc, tout est allé trop vite

JP

dimanche 21 décembre 2008

surimpressions (imagerie en cours)

je devais dormir, la lumière de l'écran gonflait l'espace,une respiration, une pulsation aux couleurs changeantes, une séance d'hypnose, une aurore boréale dans le salon, je devais dormir, prendre dans mes mains comme un nid d'oiseau toute ma fatigue et la déposer sur l'oreiller, fermer les yeux, les fermer encore, j'avais lu un poème durant le jour, un court poème, il y avait la forêt, la caresse des branches, un ours s'éloignait portant dans ses bras une fillette et son souvenir, puis tout s'est entremêlé dans un sommeil imagé, au réveil il n'y avait plus rien, je me suis levé tôt dans la noirceur, le café, le chat qui m'attend devant son bol, beau chaminou tout noir, un moment sous la douche, les vêtements, le miroir, bon, je suis encore de ce monde, la tentative d'un sourire, le début des jours d'hiver, tout ce qu'on a oublié en attente derrière soi, puis en chemin, arrêté à un feu rouge, le poème est revenu, puis en surimpressions les images d'un rêve...(à suivre)

JP

lundi 8 décembre 2008

Promenade

Illustration de Beatrice Alemagna

dans la forêt, j'ai mis mes souliers
le grand ours me guida
le souffle coupé
esseulée
la route ne fit que commencer
dans ma tête, le souvenir de toi
les branches me caresseront
j'en suis convaincu

G

vendredi 5 décembre 2008

saint-denys garneau

L'image de la fissure peut-être lui est-elle venue de sa lésion au coeur.

et mon regard part en chasse effrénément
de cette splendeur qui s'en va
de la clarté qui s'échappe
par les fissures du temps


sdg

JP

dimanche 23 novembre 2008

regarder

tout pouvait devenir noir
sur ces chemins de pauvres
l'amertume aux chevilles montait
le ciel n'y était pour rien

Au fond l'art répond au plus profond des désespoirs qui se tient en nous depuis toujours, comme une présence née avec nous, et dont on ne sait pas, ne comprend pas l'existence ni l'influence de cette force noire sur la couleur de nos yeux, la forme de nos regards, et pourquoi ce poids doit peser si lourdement sur la liberté de nos gestes. Il vient là plier en nous des pans entiers de ce qu'on croit être notre bonheur, pousser pour qu'ils tombent des pans entiers derrière nos yeux et bloquer la lumière. Et nos yeux sont là et résistent et se disent: « Je ferai toujours entrer en moi les choses que j'aime regarder.»

JP

samedi 1 novembre 2008

livre


comment lire les présages, visions diffuses
tu te savais bien là au fond
cela qui pouvait se faire entendre la nuit
après avoir éteint la lampe

JP

lundi 27 octobre 2008

pierre bergounioux




« Les livres, s'ils veulent dire, s'ils valent quelque chose, enferment leur propre négation.» -pierre bergounioux

JP

jeudi 23 octobre 2008

aubade

un jésuite rondelet de sa table nous demandait
d'ouvrir un cahier et d'écrire une aubade
un petit texte improvisé, une demie page
à double interligne si l'on n'avait rien à dire
ou pour faire propre, une demie page
à l'encre, au plomb, ça pouvait aller
mais en silence pour débuter la journée
et bien sûr avant de tracer les premiers mots
je regardais la nuque de la fille devant moi
puis son bras se soulever avec application
c'est à cela que j'ai pensé aujourd'hui
c'était il y a longtemps, des années lointaines
qu'on n'est plus certain d'avoir vécues
nos corps redevenaient beaux à leurs yeux
l'une d'entre elles aura posé sa main sur mon épaule
je lui faisais dos, elle souriait
j'étais penché sur un dessin
un cours d'arts plastiques
la légère pression de ses doigts

JP

dimanche 19 octobre 2008

cheval


Oeuvre réalisée par un cheval au fil des ans sur la tôle peinte à l'intérieur de son box. J'ai pensé aux lithographies de Hans Hartung. Je suis resté là un moment, les pieds dans le foin humide, dans l'odeur d'urine, dans les hennissements, les bras croisés, attentif comme au musée. Paisiblement, à mes côtés, Voltige croquait ses carottes.

JP

vendredi 3 octobre 2008

passage obligé

idées noires comme des clous sans têtes
le fer plie peine perdue sous le marteau qui persévère
s'acharne et s'entête à frapper comme un jeu de mots ridicule
les clous sans têtes enfoncés tout croche
dans l'échafaudage qu'on voudrait d'équerre

JP

dimanche 28 septembre 2008

chien de ferme

la vie aujourd'hui comme le soupir d'un vieux chien
couché sur le côté dans l'entrée d'une ferme
les mouches, la radio de l'étable
les nuages de fer bleu à l'extrémité des champs
le peu de vent dans les arbres
un étranger s'agenouille, enfonce ses doigts
dans la fourrure de son cou
« bon vieux chien, beaux yeux bruns
ton souffle égal au mien »

la même lourdeur aujourd'hui
les mêmes larmes retenues
lui parler menait à une peine immense

JP

mardi 23 septembre 2008

pantin

Un pantin avec des fils qui pendent de ses poches et que le vent agite derrière lui. De la ficelle à ses pieds et le corps gigue pour s'en défaire. On peut les prendre et faire des noeuds, tout arracher ou rêver d'un cerf-volant.On peut aussi les réunir entre ses doigts, sentir l'usure, remonter à la source.

JP

mardi 26 août 2008

pascal quignard

« Écrire, c'est vivre, c'est penser quelque chose, ça n'est pas correspondre à quelque chose qui doit être fait.» Pascal Quignard

JP

jeudi 21 août 2008

les périodes libres

« Dans les périodes libres, j'allais toujours dans le coin des animaux en plastique. On jouait. Moi j'étais toujours le lapin aux yeux rouges. C'était au Jardin des Petits Copains, le vendredi après-midi. Comme pour m'habituer. » Au seuil de l'adolescence, elle me parle de souvenirs d'enfance. Les images précises d'elle à quatre ans dans ses yeux. Son profil souriait. C'est que nous étions immobilisés à un feu rouge et que devant nous passait une ribambelle d'enfants minuscules portant tous un dossard jaune et tous, les uns aux autres, reliés par un cordon. Pour ne pas qu'ils s'échappent, pour freiner et contenir l'idée folle et spontanée qui pourrait venir à l'un d'entre eux de partir en fumée, dissipé dans un rêve, dans une façon de voir le temps. Comme une fusée de carton qui ne peut jamais aller bien loin. Pas encore.

JP

mardi 19 août 2008

enfant qui photographie son oeil



prise par P.

JP

sur le pont d'un navire au large

sur le pont d'un navire au large
un garçon s'allonge sur une banquette
blanche et couverte de pluie
dépose la tête sur les cuisses de sa blonde
qui retire de sa poche la bosse de sa main
pour caresser le front de cet homme aux joues roses
les doigts en peigne dans ses cheveux au vent
elle se penche, bouge les lèvres et murmure
elle lui dit: que lui dit-elle?
que peut-elle bien lui dire?
il garde les yeux fermés
elle lui fait de l'ombre pourtant
leurs cheveux se touchent
c'était il y a plus de vingt ans

JP

mercredi 6 août 2008

pointe basse

dans tout ce brouillard
ils sont là sur la route me saluent
longs bras en l'air au loin
comme au fond d'un naufrage
une part d'eux-mêmes en partage
qui remonte en nous pour toucher
ce qu'on a été et qui flotte toujours encore sans fin
des lambeaux de temps mort au vent
rien à faire, de l'ennui à revendre
«en veux-tu, j'en ai pour des années»
plantés là sur le chemin sans savoir
et plus loin derrière eux, une apparition
un garçon traverse un champ
tête penchée sur un autre monde
la main au fond d'une boîte de Ritz

JP

mercredi 9 juillet 2008

Musique



Partir d'une image.
Écouter Radiohead. Hunting bears.
Life in a glass House.
Écouter. Penser, oublier.
Aimer cet instant. Écouter nonchalamment.
Une toile de Matisse intitulée "Musique".
La pluie commence après l'humide et torride journée.
Douceur.

G.

vendredi 4 juillet 2008

jour sans suite

Les marches du balcon, le matin. Ce n'est pas parce qu'on sort de la maison qu'aussitôt les gens qu'on croise s'arrêtent pour lire en nous nos plus profondes pensées. On passe. Une personne au loin s'approche, un visage connu ou pas, on baisse les yeux avant qu'elle ne dirige les siens sur nous. Puis, à mesure que la distance entre nos corps s'amenuise, un décompte intérieur débute jusqu'à cette seconde où tous les deux relevons la tête, les yeux l'un vers l'autre pour saluer d'un sourire, d'un mot coupé en deux: « 'jour. » C'est fini, ça de fait, bon! se dit-on. Vais mieux maintenant. Je peux continuer à ruminer la suite.

JP

vendredi 27 juin 2008

Magritte


René MAGRITTE, Portrait d'Edward James,1937, huile sur toile, 75 x 65 cm, Boymans-van Beuningen Museum, Rotterdam.

J'aimerais voir cette toile de mes propres yeux.
J'aime l'idée qu'elle dégage.

Cynique, évocateur.
Il sème le doute et le questionnement.
Il déstabilise.
Des actions que j'aime.
Magritte me fait sourire et me donne envie de créer.

J'aime.

G

jeudi 26 juin 2008

image



Je regarde souvent cette image de mon père adolescent.

JP

mercredi 18 juin 2008

Communiquer

****Quelle ne fut pas ma surprise... Jacques Salomé est une nouveauté pour certains de mes proches; moi, il me guide depuis des années: alors, il me fait plaisir de vous le présenter; un homme de tête et de coeur, un épicurien qui amène à réfléchir sans nous donner mal à la tête. Chez lui le vocabulaire emprunté est simple!
Aller fouiner sur ce lien: http://www.j-salome.com/01-info/accueil.php****

Jalons pour ré-inventer la communication au quotidien
Mise en pratique de quelques règles d'hygiène relationnelle

Par Jacques Salomé

• Quel enfant, quel ex-enfant n'a vécu un sentiment diffus de malaise dans les tentatives de communications avec ses proches, avec ses professeurs, avec le monde des adultes !
• Qui n'a ressenti ce mal-être de ne savoir communiquer avec lui-même et d'entendre parfois la révolte de son corps quand il découvre que la violence des maux n'est que le reflet du silence des mots !
• Qui n'a rencontré au quotidien, la difficulté de se dire et d'être entendu, surtout être entendu par ceux que nous aimons, dont nous nous sentons aimés ou qui sont les plus proches de nous !
• Qui n'a senti la violence sourde d'entendre l'autre parler sur lui, la révolte de sentir autrui penser à notre place, de le voir décider pour notre bien ou encore de nous engager dans un projet, dans une décision, dans un mode de vie où il ne se retrouve pas !
• Qui n’a entendu et reçu comme un rejet ou une négation de sa personne, l'injonction d'idées toutes faites, les a priori, la violence des jugements ou des affirmations péremptoires interdisant le possible d'un échange, aliénant ou clôturant l'ouverture à un partage et à une mise en commun !
• Qui n'a éprouvé cette souffrance de se sentir enfermé dans une image, dans un rôle, dans un commentaire, dans lesquels il ne se reconnaissait pas, dans lequel il ne pouvait se retrouver !
• Qui n'a vécu le sentiment humiliant et injuste de se laisser définir… tel qu'il ne se sent pas !
• Qui n'a éprouvé le désarroi de voir opposer à son ressenti, à ses perceptions, à ses croyances... d'autres ressentis, d'autres perceptions et d'autres croyances qui, au delà d'un témoignage ou d'un partage, voulaient s'imposer à lui et l'inviter ou le forcer à renoncer aux siennes.
Oui chacun d'entre nous, sans hésitations possibles a éprouvé, rencontré l'une ou l'autre de ces situations.
Chacun d'entre nous peut découvrir à un moment ou un autre de sa vie qu'il est plus démuni, plus handicapé ou plus infirme qu’il ne le croyait dans certaines relations essentielles.
Et peut être a-t-il aspiré à une nouvelle naissance, pour passer du TAIS TOI au TU ES TOI QUAND TU PARLES.
En osant se ré-approprier sa parole, en retrouvant des mots à lui, en prenant le risque de se définir devant autrui avec ses propres références, avec des engagements, avec des choix de vie et des fidélités personnelles, chacun se donne ainsi plus de moyens pour exister.
En se responsabilisant aussi pour accepter de s’ouvrir à une démarche d'apprentissage possible dans le respect de quelques règles d'hygiène relationnelle et le maniement de quelques outils concrets pour une communication vivante.

G.

mercredi 11 juin 2008

un lac

Au réveil, peu avant le lever du jour, je demeurais au lit un moment, les yeux ouverts. En imagination, je passais la main sur ma vie et ressentais au bout de mes doigts la rugosité de toutes mes erreurs, regrets, occasions manquées, ratées. Cela durait un temps. Pour faire passer l’angoisse et l’amertume, dont je connaissais bien la puissance, je suivais le tracé des veines de plâtre au plafond, les fissures, réorganisais mes visions intérieures. Je pouvais imaginer un lac et même si cette image m’attristait, elle me faisait du bien. J’avais encore en moi l’espoir un jour d’être heureux.

JP

lundi 9 juin 2008

henri laborit, 1976

« L'enfant est inculte et c'est bien là sa chance. Il est énergie potentielle et non cinétique, homogénéisée. Dès qu'il entre dans la vie, ses potentialités vont s'actualiser, se figer dans des comportements conformes, envahies par l'entropie conceptuelle, incapables de retourner à leur source, de remonter le cours du temps et de l'apprentissage. Alors que le sol vierge de l'enfance pourrait donner naissance à ces paysages diversifiés où faune et flore s'harmonisent spontanément dans un système écologique d'ajustements réciproques, l'adulte se préoccupe essentiellement de sa mise en « culture », en « monoculture », en sillons tout tracés, où jamais le blé ne se mélange à la rhubarbe, le colza à la betterave, mais où les tracteurs et les bétonneuses de l'idéologie dominante ou de son contraire vont figer à jamais l'espace intérieur.»

Laborit, Henri. Éloge de la fuite, folio essais Gallimard, 1991, 186p.

JP

dimanche 8 juin 2008

pluie



"I'm singing in the rain..."

Une pluie d'enfance.
Courir dans les flaques d'eau, rire aux éclats, trouver des cailloux.

"Je suis là" que je pouvais crier à tout vent.

Se perdre dans ses pensées, être dans la lune.
Mouillée, trempée, épatée.

Le souper est prêt, maman me regarde rentrer. J'ai faim.

J'imagine que je chantais en mangeant.

Ma complice, la pluie. La nuit sera pleine.

G.

vendredi 6 juin 2008

coucher de soleil



Retour à Montréal en après-midi après avoir passé quelques heures dans un atelier au volant d'un lift truck. Brossard, Pont Champlain, autoroute Décarie, sortie Jean-Talon puis ce coucher de soleil au loin. On s'y rendait en famille. J'étais à l'arrière de la station wagon, sur la banquette réservée aux rêveurs et j'attendais que mon père me refile ma frite, mon hamburger. La nuit pouvait venir.

JP

Lulu

Il avait pour parapluie un journal de la veille.
Dans ses poches, un amas de sous blanc
et vraiment rien de prévu pour les jours à venir.

Je pense à Z. et sa peine et sa douleur et le vide qui la gruge.
N'avoir rien de prévu dans ce monde si planifié
nous donne à frôler une certaine folie, un saut dans le vide.

Perdu au trop creux de soi.. qui nous aide à remonter?
À qui ose-t-on se dire, à qui crier sa détresse?

Qui veut entendre?
Qui a le temps?
Qui écoute sans porter de jugement ou de solution?

C'est en s'accrochant à ce qui ne conseille pas
que l'on revient à soi.

Tu as parlé de doute?

N'est-il pas ton allié? Je le vois ouvert et équilibré.

Tu le vois autrement.

Pour ma part, il m'apporte souvent la force de mon intuition,
l'issue pour laisser aller les choses.
Douter est pour moi une option à prioriser
Sans le doute, il y a n'a pas de questionnement.

En ce moment, il y a justement trop de questionnements...


(cliquer sur l'image afin de pouvoir lire)
"Aime-toi, la vie t'aimera" p.89, Catherine Bensaid, éd. Pocket, 1992

Je revois Lulu.

Dans le bus, en attente de rien et osant croire à tout
il causait à qui n'avait rien accrocher à l'oreille ou aux yeux.

Je n'ai jamais su où il allait
L'autobus semblait à la fois son transport et sa maisonnette.
Lulu était son nom.
J'en avais décidé ainsi.
Un inconnu qui me plaît et qui me dérange
Parce que parfois je me vois en lui.

Désarçonnée et en déséquilibre.

"Lulu.. et toi comment me prénommerais-tu ?"

Comme tu veux, tu sais, j'accepte le personnage que tu m'apposeras.

C'est ta création; ta réponse; ton moyen de comprendre mon personnage. Celui que tu décideras de me donner.

Un jour, tu me parleras, je suis disponible.

Tu attends peut-être que je t'interpelle dans une façon de faire dans un geste ou une expression qui t'interrogera?

J'ose croire que je te demanderai simplement "Comment ça va ?"
Pour que tu puisses te dire, te définir.

J'attends, je t'espère.


G.

portrait

il se retrouvait toujours sur les chemins un peu devant les autres
non pas comme un corps en avance, comme l’image distante d’un meneur
un qui chercherait à diriger les autres, mue par une sagesse connue de lui seul
mais comme une sorte de chien avide et impatient qui n’aurait su déterminer
si on avait eu l’idée de le presser de questions contre l’espace
le chemin qu’il entendait suivre, emprunter dans la seconde
la nature de ce qu’il flairait au loin

c’était un être qui vivait à la fois ici et ailleurs
seul parmi les autres, parmi nous
seul au sein d’un groupe, un être parfaitement dépendant
un être qu’on laissait libre en sachant qu’il ne pouvait aller bien loin
sur qui on ne pouvait se fier, un être négligeable voire inutile

il en prenait conscience et cela commençait à paraître dans ses yeux
un lent travail d’élucidation touchait à sa fin
une vision définitive se figeait dans la vitré de son regard

il se nourrissait depuis peu exclusivement de noix
à la façon des grands nomades d’autrefois
lors de leurs pèlerinages vers on n’avait jamais su où

JP

mercredi 4 juin 2008

fièvre

La fièvre d'un enfant transforme par sa chaleur
L'espace autour du veilleur
La vitre des regards éveille toujours
La fin d'un monde dans le noir
La main est confiante pourtant
Qui passe dans les cheveux
Elle connaît et repousse le mal qui emporte
Parfois les coeurs au loin sans retour

JP

Commencer


Hier soir, nous nous sommes rencontrer et mis en commun ce que nous voulions faire de ce carnet de bord à deux voies.

Un regard d'enfant me vient à l'esprit.








Ébauche. Dessiner ce qui a été perçu dans cet échange.

G.